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Distinguer suivi psychologique et préparation mentale

En quoi la préparation mentale diffère-t-elle du suivi psychologique ? Existe-t-il une frontière bien délimitée entre les deux ? Nous répondrons autant que possible à ces questions, et nous verrons qu’il est important de les distinguer pour éviter les erreurs d’entrée de jeu ! Mais en guise d’amuse-bouche, voici quelques citations de célébrités faisant référence au monde du mental.

Des citations inspirantes sur la préparation mentale

Vous retrouverez ces quelques paroles d’experts dans l’ouvrage d’Hervé le Deuff, Entraînement mental du sportif, Editions Amphora (2002).

Boris Becker : « Je crois que c’est l’aspect mental qui est la partie essentielle du tennis, mais les gens ne le savent pas. »

Marc Lévèque : « La préparation mentale propose un ensemble de techniques que l’athlète apprend et applique dans deux buts : maintenir l’efficacité du geste dans une situation de compétition et se blinder contre les influences génératrices de stress.»

David Douillet : « Dans notre discipline, on apprend le respect, la tolérance, le goût de l’effort et du travail. On apprend à apprendre et à se fixer des objectifs (…), si l’on est capable de passer l’examen de la compétition, on peut tout affronter. »

Michaël Jordan : « Les mots doivent s’incarner dans les actes et dans le travail, sinon ils ne veulent rien dire. Le talent gagne les matches, mais le travail d’équipe et le mental remportent les championnats. »

De nombreux préparateurs mentaux se retrouvent dans la définition de la préparation mentale donnée par Fournier (Cahier de l’institut national du sport, n° 22, 1998). Elle est simple et intègre l’importante notion de plaisir :

« La préparation mentale est la préparation à la compétition par un apprentissage d’habiletés mentales et d’habiletés d’organisation, dont le but principal est d’optimiser la performance personnelle de l’athlète, tout en promouvant le plaisir de la pratique et en favorisant l’atteinte de l’autonomie ».

C’est quoi la compétition ?

On retrouve souvent dans les définitions de la préparation mentale la notion de compétition. Voici celles qui sont données par le dictionnaire Larousse :

Action de chercher à obtenir en même temps que d’autres le même titre, la même charge ou dignité, la même fonction, etc. : La compétition électorale.

Action de participer à un championnat, à une coupe, à un tournoi : Faire de la compétition automobile.

Épreuve sportive mettant aux prises plusieurs équipes ou concurrents : Participer à une compétition de natation.

Être, entrer en compétition avec quelqu’un, quelque chose, se poser en rival, en concurrent.

La dernière est particulièrement importante, car la préparation mentale ne s’adresse pas uniquement aux sportifs engagés dans des matches, coupes, ou autres championnats. Si la démarche peut être discutable, on retrouve néanmoins des sportifs en compétition contre les éléments naturels par exemple. C’est le cas dans de nombreuses disciplines de pleine nature. Il ne s’agit pas d’être « meilleur qu’un autre », mais de se mesurer à la mer, à la montagne par exemple…

D’ailleurs l’alpiniste Gaston Rébuffat (Film : Entre Terre et Ciel), lorsqu’il parlait de la montagne, n’hésitait pas à dire : « plus qu’une victoire sur la montagne, c’est surtout une victoire sur soi-même. Petits hommes, grandes montagnes, ces termes ont pourtant été inversés depuis quelques années… »

définition de la préparation mentale par Fournier dans les cahiers du sport

Différencier la préparation mentale et le suivi psychologique

La distinction doit être faite, sous peine de faire des erreurs parfois dommageables. Pour cela, appuyons-nous sur une partie de l’ouvrage de Sophie Huguet, Sport Psychologie et Performance, Éditions Amphora (2014) :

« D’un côté, la préparation mentale suppose l’acquisition ou le renforcement de qualités mentales et part du principe de comment les améliorer en proposant des solutions aux problèmes de performance. Il s’agit donc d’acquérir des stratégies pour faire face aux demandes de la compétition à l’aide de techniques diverses (…). Parmi les méthodes courantes, on retrouve la relaxation, les techniques de respiration, les techniques d’imagerie mentale, l’intégration de routines spécifiques, la PNL (…). La préparation mentale est donc liée à la compétition et à la performance et diffère par ses méthodes de la démarche psychologique (…).

L’une est dirigée avant tout sur les performances, l’autre s’intéresse d’abord à la particularité de l’individu sportif et à ses blocages, et conçoit alors la performance comme venant en conséquence de l’évolution psychologique. »

Le travail de préparation mentale peut donc être limité et ne proposera pas toujours de solution satisfaisante dans certains cas. Si on prend l’exemple d’un sport extrême, on peut dire que ce qui relève de la préparation mentale, ce sont les qualités nécessaires pour repousser ses limites. Ce qui relève du suivi psychologique sera plutôt la question du sens : pourquoi pratiquer une activité extrême ? Qu’est-ce qui peut expliquer qu’on puisse tester ses limites et de pousser encore plus loin les performances ? Quel est le rapport avec la mort ?

Le préparateur ne devra pas hésiter à orienter le sportif vers un psychologue si sa demande sort du cadre de la préparation mentale.

L’importance du « comment » et non du pourquoi

Le pourquoi accuse et, souvent, souligne l’erreur.

Le comment responsabilise, rend acteur, mobilise, dynamise. Il permet :

  • au sportif de se remobiliser
  • de reconsidérer, de reconstruire, d’aller de l’avant
  • de prendre en compte les ressentis

Vous entendrez parfois certains préparateurs mentaux simplifier la distinction entre préparation mentale et suivi psychologique en disant ceci : « le préparateur mental répond à la question du comment, le psychologue répond à la question du pourquoi ». C’est forcément vulgarisé, car il est impossible d’un côté comme de l’autre de faire abstraction de l’une des deux questions, mais dans l’idée ça pourrait donner l’exemple suivant. Imaginez un enfant d’ordinaire très calme. En plein match de tennis, à un moment précis du jeu, il fracasse sa raquette sur le sol. Le préparateur mental pourrait plutôt se pencher sur cette question « comment faire pour que ça se passe différemment la prochaine fois ? ». Le psychologue tenterait de comprendre pourquoi il en est arrivé à agir de la sorte. Cet exemple montre bien à quel point il est difficile de se focaliser uniquement sur une question plutôt qu’une autre, mais dans l’idée, c’est ça !

D’ailleurs, les psychologues sont bien plus préparateurs mentaux que l’inverse.

Conclure sur cette distinction entre préparation mentale et suivi psychologique ?

Si vous avez lu l’article sur le cadre réglementaire de la préparation mentale, vous n’êtes pas surpris par la complexité du sujet ! De manière plus simple, on pourrait presque rappeler que le psychologue intervient surtout pour soigner « mentalement », notamment après les différents traumatismes que la vie nous impose parfois. Il serait d’ailleurs logique de se dire que les psychologues sont forcément meilleurs spécialistes du cerveau que les préparateurs mentaux ?

On pourrait, oui, mais ce serait faire abstraction des nombreuses et passionnantes thématiques de la préparation mentale, où il est par exemple question de créativité, de communication, de développement du charisme, etc. Chacun doit trouver sa place, et le préparateur mental a l’obligation morale d’orienter la personne accompagnée vers un psychologue lorsqu’il détecte un blocage profond. Vous en savez maintenant un peu plus sur l’épineuse question de la distinction entre préparation mentale et suivi psychologique. Il faudrait plusieurs milliers de mots pour répondre complètement à la question, mais dans les grandes lignes, c’est ça !

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