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Comprendre l’estime de soi en préparation mentale

Avant tout, l’estime de soi et la confiance en soi sont indissociables. Une bonne estime de soi est-elle la résultante d’un travail sur la confiance ? Est-ce le contraire ? Un peu des deux ? Chacun devra se faire son avis sur la question, et ça commence par l’intégration de quelques données très intéressantes !

Si les préparateurs mentaux débutants peuvent parfois se sentir perdus au milieu de cette thématique, c’est tout à fait normal. Il faut garder un cap. Et le cap, c’est déjà répondre à cette question : « sur quoi puis-je vraiment agir ? ».

Une approche complexe…

Partons d’un peu loin, surtout que c’était plutôt un excellent départ ! Rendez-vous à la fin du 19ème siècle pour commencer, où il n’était pas encore question de préparation mentale !

La première tentative sérieuse : Wiliam James (1890)

Selon l’auteur, l’estime de soi = Succès / Prétentions.

Autrement dit, pour augmenter l’estime, il était possible d’agir en :

  • Diminuant le dénominateur
  • Augmentant le numérateur

C’est finalement assez logique. Si on accumule les succès ou si on diminue nos prétentions, « l’image » que nous avons de nous-mêmes est meilleure. Elle nous convient.

Les compléments apportés par Stanley Coopersmith

«  Par estime de soi, nous entendons l’évaluation que la personne fait et maintient habituellement à son propre égard. Elle exprime une attitude d’approbation ou de désapprobation, et indique dans quelle mesure la personne se croit capable, importante, prospère et digne. Bref, l’estime de soi est un jugement personnel de mérite qui s’exprime dans les attitudes qu’affiche une personne envers elle-même. »

Mais :

  • « Capable » : en général, nous sommes capables de quelque chose. Et là ? Est-ce dans tout ce que nous entreprenons ?
  • « Importante » : devons-nous y voir la réussite sociale ? Quels seraient les critères ? Qu’est-ce qu’une personne importante ?
  • « Prospère » : de nos jours, c’est un terme plutôt associé à l’économie. Est-ce une réussite financière, matérielle ?
  • «  Digne » : en général, on est digne de « quelque chose » ou « quelqu’un »…

Ces mots laissent donc beaucoup de points sans réponses, car trop flous, ou pouvant avoir différents sens.

Tentatives de définitions de l’estime de soi

James Noley : la théorie de l’estime de soi peut être traduite dans le rapport entre ce que nous sommes en tant qu’individu (apparence physique, réussite sociale) et ce que nous souhaiterions être.

Wikipedia : désigne le jugement ou l’évaluation faite par un individu par rapport à sa propre valeur. Lorsqu’un individu accomplit une chose qu’il pense valable, celui-ci ressent une valorisation et lorsqu’il évalue ses actions comme étant en opposition avec ses valeurs il réagit en « baissant son estime ». Selon certains psychologues, l’expression est à distinguer de la confiance en soi qui, bien que liée à la première, est en rapport avec des capacités, bien plus que des valeurs.

Germain Duclos  

«L’estime de soi est faite de quatre composantes: le sentiment de confiance, la connaissance de soi, le sentiment d’appartenance à un groupe et le sentiment de compétence. Le sentiment de confiance est préalable à l’estime de soi. En effet, il faut d’abord le ressentir et le vivre afin d’être disponible pour réaliser des apprentissages qui vont nourrir l’estime de soi. Il en va autrement des trois autres composantes. On peut stimuler la connaissance de soi, le sentiment d’appartenance et le sentiment de compétence à chaque stade du développement, à chaque période de la vie, par des attitudes éducatives adéquates et des moyens concrets. Il faut donc accorder une importance toute spéciale à la sécurité et à la confiance.»

Une certaine confusion

La confiance en soi est-elle la résultante d’une bonne estime de soi, ou est-ce la condition préalable à une bonne estime de soi ?

Ces définitions sont floues, incomplètes, parfois contradictoires, et ce n’est pas à nous d’en décider !

Ce qui est sûr, c’est qu’il existe un lien entre l’estime et la confiance, et que tout travail sur ces thématiques peut vite devenir très complexe !

l'estime de soi et l'amour de soi

Des obstacles au-delà de la préparation mentale

Voici une liste de ce qui empêche / limite la croissance de l’estime de soi :

  • Dire que ce n’est « pas assez ».
  • L’humiliation ou la ridiculisation.
  • Ignorer les sentiments et émotions (aucune valeur).
  • Manipuler et contrôler par la honte et la culpabilité.
  • Surprotéger (barrière pour l’apprentissage naturel).
  • Absence de règles et de cadre.
  • Nier la perception de la réalité (faire douter l’esprit).
  • Faire de l’évidence quelque chose d’irréel, de faux.
  • Violenter, menacer.
  • Enseigner ce qui est mauvais, pêcheur par nature.

L’estime de soi est un besoin

Il est intéressant de rattacher l’estime de soi à la notion de survie. Nous devons en permanence nous adapter à la vie et à ses exigences. Sans estime de soi, pas de croissance psychologique. Une mauvaise estime diminue donc nos résistances face aux menaces.

D’autre part, dans un rôle de protection, notre cerveau a tendance à garder le négatif (plus grande inertie), ou lui accorder davantage de place. La mauvaise estime de soi négative a donc plus d’impact sur nous que le positif.

La valorisation de soi

Il est possible d’avoir l’ambition de mener à bien de grands projets, sans toutefois avoir une bonne perception de soi. Dans ce cas, on cherche à prouver… mais ça ne sera jamais assez, donc il sera impossible de trouver de la fierté ou de la joie.

Avoir une bonne estime de soi stimule, motive, décuple les capacités, et nous en retirons fierté, satisfaction et autres sentiments / émotions positives.

Les objectifs et l’estime de soi

  • Bonne estime de soi :

Les objectifs ambitieux, réalistes, mais réalisables favorisent une bonne estime de soi.

  • Mauvaise estime de soi :

La facilité, la routine, tout ce qui nous semble familier dévalorisent et détruisent l’estime de soi.

« Qui se ressemble s’assemble » ?

En général, nous sommes attirés par ceux qui ont la même « estime de soi » que nous. C’est ce qui se dit, mais il est certainement difficile de le vérifier !

Quand on a une estime de soi élevée, l’Autre n’est pas une menace à nos yeux, il est notre égal, il suscite de l’intérêt, de la curiosité.

Cela renvoie évidemment aux notions de respect et de bienveillance.

l'estime de soi qui se ressemble s'assemble

Un double pilier

  • Efficacité de soi : confiance dans le fonctionnement de mon esprit, dans ma capacité de penser, juger, comprendre (intérêts, besoins)
  • Respect de soi : droit de vivre et d’être heureux, sens de la valeur personnelle, affirmer de façon appropriée mes désirs et besoins.

Remarque : tout comme l’état psychologique, ce n’est pas figé ou ancré, il existe des fluctuations en fonction des moments, périodes, expériences.

L’estime de soi n’est pas un don du ciel, elle se mérite, elle s’entretient, se travaille.

La pseudo estime de soi

Il est assez facile de se mentir à soi-même… et donc d’avoir une simple illusion d’auto-efficacité. Souvent, nous faisons cela pour nous sentir en sécurité (et évidemment, ce n’est pas le cas !), ou pour diminuer notre stress / anxiété.

Plutôt que de chercher l’authenticité, on peut être tenté d’aller chercher la reconnaissance, la popularité, le prestige (actes ou achats par exemple).

À ce stade, on peut s’interroger sur l’impact des réseaux sociaux basés sur le nombre de « like » et de « followers » ?

L’estime de soi est une expérience personnelle, intérieure. Ce n’est pas ce que pense l’Autre de moi.

La reconnaissance n’est donc pas l’estime de soi ! On peut temporairement se sentir plus à l’aise, mieux face à soi-même, mais le fait d’être plus à l’aise ne remplacera jamais l’estime de soi.

Être accepté par un groupe, des individus dont la reconnaissance sociale est importante par exemple, peut devenir un véritable cauchemar pour celui qui n’a pas vraiment une bonne estime de lui-même… le fossé sera d’autant plus grand.

Estime de soi et vantardise

Il n’est pas possible d’avoir trop d’estime de soi, comme il n’est pas possible d’avoir trop de condition physique ou de santé.

L’estime de soi est souvent confondue avec la vantardise et l’arrogance, alors que ces derniers reflètent en général l’exact opposé, un manque d’estime de soi.

On ne peut pas donc assimiler vantardise et « trop d’estime de soi ». Au contraire, plus on a une bonne estime de soi, moins on cherche à prouver aux autres.

Accepter et ne pas vouloir changer ?

S’accepter soi-même ne signifie pas supprimer tout désir d’évoluer, de s’améliorer ou de changer.

En général, il faut rattacher cela au moment présent, c’est-à-dire que l’acceptation de soi se fait à l’instant où nous ressentons, pensons. L’acceptation est forcément au présent.

D’ailleurs, en sport, accepter est déjà une première étape cruciale avant de vouloir modifier un comportement. Être capable de dire « j’ai peur » et de l’accepter, c’est plus bénéfique que de se le cacher et de bâtir sur de mauvaises bases. Accepter, c’est donc se poser, contempler, pour savoir où aller ensuite.

Travailler l’estime de soi ?

L’estime de soi n’est pas statique, mais fluctuante, elle est même en perpétuelle évolution.

Peut-on la travailler ou est-elle la conséquence directe de ce que nous vivons au quotidien ?

Certains disent qu’on ne peut pas la travailler, mais qu’on peut agir sur la confiance. D’autres disent le contraire, que la confiance n’est que la résultante d’un travail sur l’estime de soi. Mais comme la définition est floue et que le lien est inévitable, on peut déjà agir sur quelques « piliers », et les bâtir avec soin.

Le modèle de l’estime de soi selon André et Lelord

1 L’amour de soi : SOCLE de l’ESTIME DE SOI :

Dépend en grande partie des nourritures affectives données par notre entourage (parents, entraîneurs, etc.).

Mais on peut aussi apprendre à s’aimer.

2 La vision de soi :

Peut se développer ! C’est même une nécessité. C’est une force intérieure. Cette vision est subjective, notamment avec les croyances que nous portons. Soulignons l’importance de la projection (images mentales) dans le futur pour construire la vision de soi.

3 La confiance en soi :

  • C’est la mise en action de l’estime de soi.
  • C’est donc la conséquence de l’amour de soi et de la vision de soi.
  • Elle peut s’évaluer facilement
  • Elle s’applique surtout à nos actes

Selon les auteurs, c’est donc un point d’arrivée et non un point de départ.

Développer l’estime de soi ?

En préparation mentale, si on approuve le modèle de Lelong et André, on peut donc commencer à travailler sur quelques pistes :

  • 1. Identifier les raisons d’être : « ce que j’aime faire, le plus possible en autonomie (ne pas dépendre des autres), ce qui me laisse un vrai sentiment de satisfaction, du plaisir, de la fierté, etc. »
  • 2. Leur accorder la place juste, en les développant, en les réintroduisant dans le quotidien
  • 3. Avoir conscience de ce qu’elles apportent.
  • 4. Explorer, varier au maximum les raisons d’être.

C’est une base avant d’envisager la suite !

Une fois seulement qu’on a identifié ses raisons d’être, on peut chercher à :

  • Se donner le temps.
  • Se poser, s’écouter, lâcher prise.
  • S’accepter au moment présent, sans jugement, s’aimer.
  • Se projeter, se construire / se reconstruire.
  • Se fixer des objectifs indépendamment des Autres.
  • Etc.

Pour conclure

Il n’existe pas de recette miracle, seulement des liens, des passerelles, du bon sens ! Réfléchir sur soi et pour soi, et non à la place des Autres, c’est un point de départ essentiel !

Sans forcément vouloir définir précisément estime et confiance, on peut déjà commencer par ce travail, et le faire évoluer au fil du temps en fonction des modifications et changements que cela apporte. La communication est importante !

C’est sûrement ce qui fait la beauté de la préparation mentale, le fait de ne pas pouvoir appliquer bêtement des recettes miracles. Il faut souvent trouver une clé, un angle de vue. Comme pour la thématique de la confiance en soi, il est bon de rappeler que les psychologues sont parfois bien mieux formés et armés que les préparateurs mentaux à ce sujet.

Puisque l’estime et la confiance sont liées, peu importe le « pourquoi », interrogeons-nous sur le « comment » !

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