You are currently viewing Comprendre la confiance en soi en préparation mentale

Comprendre la confiance en soi en préparation mentale

Vous connaissez sûrement ce genre de tutoriel qui vous révèle les 5 clés pour booster votre confiance. Ou ces articles qui vous enseignent les recettes miracles à appliquer pour retrouver confiance en vous. C’est sûrement une des thématiques les plus délicates de la préparation mentale, et bon nombre de préparateurs débutants redoutent d’entendre : « je viens vous voir parce que cela fait 6 mois que je ne crois plus en moi ». On va donc commencer par faire un peu le tri dans les informations exploitables. C’est un long et beau voyage cortical !

Tentative de définition de la confiance en soi

On se retrouve déjà face à un sacré problème. En effet, la définition de la confiance en soi ne fait pas l’unanimité ! Et il ne s’agit pas de « petites différences ».

1 Certains  considèrent qu’il s’agit d’un trait de personnalité (*), que c’est de l’ordre de l’inné.

(*) voir chapitre sur la personnalité, avec également des facteurs innés et acquis !

2 D’autres insistent plutôt sur le caractère acquis au fil des situations et expériences.

Il existe des théories mêlant les deux, mais le débat inné / acquis est toujours d’actualité.

Ce qui est admis :

  • La confiance est fluctuante
  • Les personnes confiantes peuvent aussi avoir des moments de doute
  • Un lien avec l’estime de soi, et la motivation

Confiance en soi globale et confiance en soi spécifique

Confiance en soi globale

Tient plus du trait de personnalité, caractéristique importante de la personnalité qui facilite la vie au quotidien : on ose bien plus au quotidien dans ce qu’on entreprend.

Confiance en soi spécifique

Assurance manifestée par un individu quant à sa réussite dans un sport ou pour l’accomplissement d’une tâche particulière.

Exemple : en cas d’égalité dans un match, l’entraîneur confiera la responsabilité de conclure à un joueur persuadé qu’il va réussir.

Il est donc essentiel de développer une confiance en soi globale et une confiance en soi spécifique

Quelques caractéristiques du manque de confiance en soi

  • Le sentiment d’infériorité : engendre et alimente le manque de confiance en soi…
  • Le sentiment de découragement : raisonnement sur les échecs potentiels et non sur les réussites probables
  • Le sentiment de honte : émotions, physique, défauts, comportements…
  • Le sentiment d’anxiété. Le sentiment n’est pas le déclencheur.
  • Le sentiment de rejet : tendance à conserver les « messages négatifs ». Sensibilité pouvant devenir de la susceptibilité, on a du mal à montrer ce qu’on ressent.

Évidemment, il peut exister un désaccord entre ce qu’on montre et ce qu’on ressent !

Les modèles de confiance en soi

Partie purement théorique, à balayer du regard ou à approfondir en fonction de ce que vous cherchez !

Théorie de l’auto-efficacité de Bandura (1997)

Auto-efficacité : croyances d’un individu en sa capacité à organiser et appliquer les plans d’action nécessaires pour réaliser des performances données.

C’est une forme de confiance en soi spécifique.

Le sportif est disposé à faire tous les efforts nécessaires, car il est persuadé qu’il peut réussir.

4 éléments essentiels au développement de l’auto-efficacité :

  • Exécution réussie : doit connaître la réussite.
  • Expérience vicariante : besoin de copier un modèle (observation – modélisation).
  • Persuasion verbale : encouragements (positifs…).
  • Éveil émotionnel : être dans un état d’éveil optimal.

En général, une plus grande auto-efficacité :

  • Permet de faire davantage d’efforts.
  • Rend les sportifs plus persévérants
  • Permet d’atteindre un meilleur niveau
  • Peut se généraliser à d’autres situations (également à la confiance globale)

Chez l’enfant notamment, pour développer une bonne auto-efficacité, il faudrait pouvoir être performant dans au moins un sport, pour transférer la confiance à d’autres domaines, tout en renforçant la confiance globale.

Les travaux montrent que les croyances en termes d’auto-efficacité sont influencées par la perception du résultat obtenu. Le succès renforce les croyances (auto-efficacité).

Des études (Feltz et al 2008) ont montré que l’auto-efficacité est un bien meilleur élément de prédiction des performances futures que les performances passées !

Les avantages de l’auto-efficacité peuvent s’appliquer aux groupes ; on parle d’auto-efficacité collective.

Théorie de la motivation par la compétence de Harter (1978)

Cette théorie de la motivation par l’accomplissement est basée sur le sentiment d’une compétence personnelle. Selon Harter, tout individu tiendrait de façon innée, à être compétent dans tous les domaines de l’accomplissement humain.

Les exécutions réussies favorisent l’auto-efficacité et les sentiments de compétence personnelle, lesquels favorisent à leur tour une grande motivation par la compétence. Et lorsque la motivation par la compétence augmente, le sportif est toujours poussé à effectuer d’autres tentatives.

C’est donc un cercle vertueux !

Théorie de la motivation par la compétence de Harter (1978)

Weiss et Horn (1990) : les garçons et les filles sous-estimant leur compétence ont tendance à abandonner la pratique sportive.

Chez les garçons, la sous-estimation semble moins néfaste. Ceux qui évaluent avec précisions leurs capacités pensent mieux contrôler et se tournent vers les défis.

Allen et Howe (1998) : louanges et conseils techniques renforcent la motivation par la compétence en réponse à une bonne performance. Cependant, ils sont contreproductifs en cas de contre-performance. Se pose alors la question de comment soutenir un sportif de manière « silencieuse » !

Amoros (2003) : importance du soutien social des proches pour la culture de la motivation par la compétence. Processus de perception miroir : fonction de l’évaluation de soi réalisée par les autres, de sa propre évaluation et de la perception de la façon dont les autres nous perçoivent. C’est un processus par l’intermédiaire duquel une personne en vient à s’estimer compétente.

Modèle multidimensionnel de confiance en sport de Vealey

Révision du modèle de 1986 qui conceptualisait la confiance en sport comme un trait de personnalité.

D’autres études ont apporté des informations.

  • La meilleure performance est enregistrée quand le niveau de confiance en soi idéal correspond à celui de la confiance en soi effective.
  • Sources de confiance à haut niveau : préparation, talent, encadrement de qualité, soutien social, facteurs innés, expérience, atout en compétition, foi et conscience de soi.
  • 6 types de confiance en sport (haut niveau) : confiance technique, confiance en la victoire, confiance physique, confiance psychologique, supériorité sur l’adversaire (hommes uniquement), culture tactique (hommes uniquement).

Genres et confiance en soi

Lenney (1977)

Même si les hommes et les garçons obtiennent généralement de meilleurs résultats que les femmes et les filles en termes de confiance en soi, cette observation ne s’applique pas à toutes les situations d’accomplissement. Une situation d’accomplissement est une situation sujette à des comparaisons sociales.

Selon cette définition, les sports de compétition correspondent donc à une situation d’accomplissement. Lenney a indiqué que les femmes et les filles avaient moins confiance en elles en présence de variables situationnelles telles que :

  • Nature de la tâche
  • Ambiguïté des informations fournies
  • Indices de comparaison sociale.

Lorsqu’elles bénéficient d’un feedback clair sur leurs performances, les femmes affichent une confiance égale aux hommes. Si le feedback est ambigu, elles auront tendance à plus douter de leurs capacités et à avoir moins confiance que les hommes.

On peut également s’attendre à ce que les femmes aient moins confiance en elles pour exécuter des tâches inadaptées à leur genre (les mœurs évoluent, autrefois le culturisme était inenvisageable pour une femme par exemple !).

Femme qui fait face à une vague

Les indices de comparaison sociale

Lorsque les femmes travaillent seules ou sont dans une situation sans comparaison sociale, elles affichent un niveau de confiance égal à celui des hommes. Il s’agit plutôt de situation de coopération ou de non-compétition.

Les hommes ne semblent pas être influencés par les activités inappropriées à leur genre (Lirg, Georges, Chase, Ferguson 1996)

Focus sur la théorie de la menace du stéréotype (2008, Chalabaev, Sarrazin, Stone, Curry) :

Selon cette théorie, l’attitude consistant à considérer une activité comme la mesure d’une capacité physique est par essence masculine, alors que les femmes auront tendance à considérer la même activité comme la mesure des capacités techniques. Ainsi, pour les femmes, le simple fait de juger une activité masculine entraîne une baisse de leurs performances et confiance.

Confiance et éducation

Partons déjà des grands principes d’une éducation (parent – enfant) :

  • Aimez-le
  • Laissez-le vous aimer
  • Encouragez-le
  • Laissez-lui une marge de liberté
  • Responsabilisez-le
  • Écoutez-le
  • Parlez-lui

Et si on extrapolait ces principes au-delà de cette situation ? Bien sûr qu’il existe des parents qui entraînent leurs propres enfants, mais sans rentrer dans ce cadre-là, il est quand même intéressant d’avoir cela dans un coin de la tête. Dans certains sports évidemment, la sécurité ne permet pas toujours une grande part de liberté au début !

Les 3 célèbres zones de confiance en soi

Ces zones sont très connues, mail il est impossible de faire l’impasse dessus ! Elles sont à évaluer, à mesurer, à relativiser…

La zone de confort :

Espace dans lequel on se sent le plus à l’aise, décontracté. Tout est simple, facile, naturel.

La zone de risque et de progrès :

Juste à proximité de la zone de confort, mais suffisamment éloignée pour percevoir un risque. Cependant, s’y rendre est source de progrès, notamment au niveau relationnel. Une réussite permettra d’avoir davantage confiance, sinon retour dans sa zone de confort ! Notion d’évaluation.

La zone de panique :

Apeurante, voire terrifiante, impénétrable, regroupe tout ce qui vous paraît impossible, les peurs, fantasmes aussi.

Exemple de méthode avec la modification des pensées automatiques

Petite pause dans toute cette théorie, histoire de voir concrètement comment agir sur ces pensées quand on manque de confiance en soi.

1 Partir d’une situation : on la décrit

2 Noter les réactions affectives et évaluer leur intensité : l’anxiété, par exemple

3 Inscrire les pensées automatiques négatives et évaluer cette croyance : « je ne suis pas intéressant », par exemple

3 bis : modifier la pensée : « durant cette présentation, je n’ai pas été intéressant »

4 Écrire une pensée (plus) positive et évaluer cette croyance : « mes proches me trouvent intéressant »

5 Réévaluer la croyance sur la pensée automatique, et noter les réactions affectives.

Développer son assertivité

L’assertivité peut avoir pour définition la capacité d’exprimer ses sentiments, ses pensées, et d’affirmer ses droits, tout en respectant les sentiments et les droits des autres. Bien que le comportement assertif soit naturel chez certaines personnes, cette habileté peut être apprise. C’est donc savoir dire « oui » ou « non » par exemple, quand il le faut, très simplement. Bien sûr, il y a la manière de le dire, et pour respecter l’Autre, encore faut-il savoir le lui faire savoir ! C’est possible avec les mots, mais aussi par le langage non verbal. 

Devenir assertif permet de faire un pas de plus vers la confiance en soi. On l’appelle également technique d’affirmation de soi. Elle prépare aux situations du quotidien, sans perdre d’énergie inutilement, en étant en accord avec nous idées, sentiments, opinions.

Une situation classique tirée du management : ne pas savoir dire à un collaborateur qu’il ne sera pas augmenté. En général, on le soutient, et on se cache derrière une décision venant de plus haut, avec des raisons inconnues. C’est un manque d’assertivité ! Et c’est plutôt mauvais pour tout le monde…

En conclusion

Nous n’allons pas révolutionner la théorie sur la confiance en soi, d’autres s’en chargeront certainement. Alors oui, c’est vrai qu’il n’est pas simple d’agir sur les nourritures affectives de certains sportifs, parce qu’on ne remplacera jamais ses amis ou parents. En même temps, pour aider quelqu’un à retrouver confiance en lui, on peut agir sur d’autres paramètres.

En préparation mentale, c’est plutôt sur le travail de l’estime de soi qu’on pourra agir ! C’est forcément lié, et que la confiance en soi soit la résultante d’un travail sur l’estime de soi ou l’inverse, l’essentiel est de travailler sur la question en mêlant théorie, bon sens, et pratique !

Enfin, il est important de préciser que parfois les préparateurs mentaux ne sont pas suffisamment formés et armés pour travailler sur cette thématique. Avec l’expérience, on sait quand il faut orienter vers un psychologue. C’est de toute façon une option rarement regrettée lorsque cela concerne un enfant. Tout bon préparateur mental doit connaître des psychologues !

La publication a un commentaire

Laisser un commentaire